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Yo, tout le monde !

 

Après une petite pause sur SMD, on revient plus glamour et soft que jamais avec un jeu de chez Batro’games, que j’appelle affectueusement dans mon coin Crado Games car le mec produit du très sale.

 

 

Pour ceux qui suivent un peu le blog et qui écoutent notamment la version podcast, j’avais eu l’occasion de présenter cet éditeur à travers le jeu The Beast aka « j’encule dans ma cave une chèvre rpg ». On résume pour les mini Jon Snow qui savent rien, il s’agit un jeu solo dans lequel on entretient une relation étrange et sexuelle avec un monstre. Le propos y est dérangeant et choquant, le malaise et le sentiment de culpabilité qui en découlent y sont renforcés par un game design intelligent visant à nous faire coucher sur papier nos idées les plus sombres. Mais je vais pas trop m’étaler dessus, allez écouter le podcast si vous voulez en savoir plus. Mais notez juste au passage qu' il a eu du flair, notre Batro puisque The Beast a obtenu un Diana Jones Award pour son système de jeu innovant.

 

Au passage, si vous voulez soutenir les jeux de Batro'Games, hésitez pas à soutenir son tipee. Soutenir Batro'Games, c'est soutenir la diversité et la richesse du jeu de rôle, il s'agit de jeux à l'esthétique recherchée et au propos souvent audacieux, on y brise réellement les codes là où d'autres se contentent de me briser les ovaires sous couvert de pseudo-subversivité. Bon, c'était le paragraphe pom-pom girl mais comme je sais pas faire la roue, je vais m'arrêter là. 

 

Comment j'en suis venue à Mantoïd ? Attention, c'est l'instant 3615 my life.

 

L'instant "Ma vie, mon neuvre".

 

J'avais hésité longtemps à l'acheter et puis finalement, j'ai eu envie de fouiller les entrailles ludiques du bouquin une fois que j'ai eu l'occasion de jouer aux côtés de Batro, à l'Yggdrasil, le 9.09, dernier. Je suis un peu arrivée en avance sur les lieux du crime -oui car ce jour-là, il s'est passé un truc que beaucoup de rôlistes considéreraient comme un meurtre, mais j'y reviendrai plus tard.

Donc, j'arrive en avance et là, je tombe sur Batro en train de lire Junky de William Burroughs. L'auteur est cité dans les sources d'inspiration pour Mantoïd et rien que dans le pitch de base, on sent une certaine filiation dans la technique du cut-up expérimentée par Burroughs. Si tu connais pas, je te briefe un peu vite fait, c'est un procédé qui consiste à créer un texte nouveau à partir d'un texte original découpé en plusieurs morceaux, créant ainsi une esthétique similaire aux visions née de la prise de drogue, possibles effets esthétisés de distorsions spatio-temporelles, etc.

 

Mais avant d'entrer dans le vif du sujet...

 

Les trucs chiants à savoir sur Mantoïd

 

Blablaba, tu veux pas que je fasse de l'unboxing, aussi ? 92 pages, un jeu de Batro édité par Batro'Games pour Batro  pour un public mature, très mature. Illustrations absolument folles de Jeremy Famir. 31, 30 euros sur Phiphi.com.

 

Un univers crado-baroque

 

Clairement, Mantoïd, c'est pas tout public. Perso, j'adore l'esthétique du jeu et je le trouve d'emblée hyper clair et carré sur ce qu'on nous propose de jouer et sur comment ça va se passer. Donc, ça c'est un très bon point car si le jeu simule le chaos, il est quant à lui, bien ordonné et bien écrit. A l'image du jeu, on a une écriture qui est loin d'être aseptisée et qui produit son petit effet.

Alors, quoi ça c'est l'univers de Mantoïd ? Tout d'abord, ce que tu dois savoir, c'est que ce jeu est le troisième opus de la Trilogie du Chaos chez Batro, composée également de : 

Mais t'es pas du tout obligé d'avoir joué ou de connaître les deux précédents opus pour jouer à Mantoïd, on s'en balec. Ici, on nous propose de la science-fantasy, mix de med-fan et SF. Le jeu est très orienté action, il est conçu pour nous proposer un rythme très épileptique, pas de temps mort mais beaucoup de macchabées, on y reviendra. 

L'univers de Mantoïd, c'est une grosse bouillie trop dégueu née d'une guerre entre dieux dans le Multivers. Et puisque comme Highlander, il ne peut en rester qu'un, celui qui reste, c'est Azatoth, le dieu du chaos, qui continue à foutre le bordel et à secouer tout ça. Les petites créatures survivantes au grand merdier en ressortent quelque peu changées : on va avoir des hommes porcs, des hommes mantes, et autres mutants tout chelous en pagaille. 

 

 

Ces peuples ont possibilité de suivre Androgyne-Roi, un grand prêtre d'Azatoth qui tente de fédérer tout ça sous une même bannière après avoir découvert un genre d'Excaliburnes. Car oui, au moment de la naissance (ou défection, ça dépend du point de vue) de l'univers, Androgyne-Roi tombe sur l'’Epée de l’Espace, "un phallus sacré transmuté en métal", après quoi, il décide de gérer tout ce beau monde réuni sur un archipel flottant sur le pétrol'magie. Le pétrol'magie qui est donc en réalité le vomi extra-dimensionnel du dieu Azatoth.

C'est en ce sens que je rapproche Mantoïd de la technique du cut-up de Burroughs, où finalement, Batro a coupé et mixé ses univers, façon "prendre des p'tits bouts de trucs et les assembler ensemble" de Stupeflip. Sans y coller totalement, on sent la filiation. Le mec marque tellement son oeuvre qu'il en a fait un personnage dans son jeu. Le côté cut, on le retrouve aussi si un joueur a le bonheur de faire un 100 sur un jet de dé, mais j'y reviendrai plus tard. 

Bon, et dans tout ce merdier cosmique, y'a forcément des dissidences (pour plus de chaos ! ). On peut soit être team Androgyne-Roi soit team Crabe, un crustacé gigantesque aux pinces en or qui gère un genre de vaste réseau de criminels. On y joue des anti-héros dont la brève vie est façonnée par la drogue, le sexe, la violence, le gore et l'absurde, né de l'aléatoire. 

L'univers n'est pas décrit de manière encyclopédique, on est plus dans la suggestion, on propose des pistes inspirant la création. Les décors à disposition y sont sales, monstrueux et suintent de détails, d'illusions et d'instabilité. A ce titre, je salue le choix de l'illustrateur, Jeremy Famir dont je trouve le travail absolument fascinant et qui nourrit parfaitement cette bête immonde qu'est Mantoïd

 

Sadly Easter, Jeremy Famir. 

Je trouve ça fou. J'adore.

 

Le vaste fuck et l'aléatoire au coeur du système de jeu

 

Fuck l'équilibre des personnages, fuck les dés, fuck les univers encyclopédistes, fuck les scénarios millimétrés, fuck l'ennui, fuck les écrans, fuck les chaises, fuck le bon goût, le sérieux et la morale, fuck le méta-jeu, fuck les règles sans-fin, fuck les règles pour n'importe quoi, fuck le calme. Voilà les principes qu'on nous énumère en début de bouquin ! Le jeu simule l'imprévisibilité et le chaos à travers un jeu essentiellement basé sur le jet de dés. 

Les multiples PNJ à usage-presque-unique qu'on va avoir l'occasion de jouer sont définis par des mots clés. Cohérent jusqu'au bout dans son esthétique chaotique : classe, race, qualité et motivation sont tirées au jet de dés. On se retrouve du coup avec une phrase du genre "Je suis un homme-porc mathématicien du vide qui dresse des zazamons" (des genres de bestioles à collectionner) pour se définir. On tire même nos points de vie aux dés ! C'est ainsi qu'au niveau 0, les PJ sont jetés dans une arène dans laquelle ils sont soumis à des combats bien trashouilles et meurtriers au terme desquels les survivants ont la joie de passer au niveau 1.

Pour l'anecdote, j'ai vu un PJ entrer dans l'arène à 3 PV, il a vraiment pas fait long feu, sa mort était vraiment absurde, on était dans l'ubuesque. J'ai senti au départ la déception sur le visage du joueur, puis, il a vite compris en quoi consistait Mantoïd : nous ne jouons pas des héros qui, comme Xena par son courage changera la face du monde, nous jouons des mecs complètement portés par le chaos, on subit l'univers, il faut accepter de se laisser porter par son essence aléatoire et absurde. Impossible d'optimiser de par la suprématie de l'aléatoire, le méta n'existe pas dans ce jeu où toute chose est prise en compte, chaque hésitation ou absence est prise pour celle du PJ, le jeu a même un côté happenings ! Ces représentations au cours desquelles le public n'est plus considéré comme simple public mais comme acteur, également. En effet, des passants ou spectateurs de la partie peuvent très bien être invités à intervenir tout à coup et même le rôle du MJ peut-être octroyé temporairement à un joueur !

 

 

Tout est réfléchi pour ne pas laisser l'ennui ou le blanc s'installer, tout est inattendu, le rythme est épileptique et ce n'est peut être pas en ce sens, un jeu accessible à tous, en ce sens et c'est le principal reproche que je lui fais. En effet, en plus du contenu très mature, il nécessite une vive réactivité et il est très possible que tu finisses en PLS, dépassé de loin par les événements et la narration effrénée. 

 

Mais revenons à nos mutants. Les survivants de l'arène vont avoir une mission, une quête, un thème de scénario et des décors à traverser, tout cela tiré aux dés, également. Il est interdit de préparer quelque scénario que ce soit à Mantoïd. Bref, tout ce merdier est parfaitement assumé et cohérent. 

Je parle du pouvoir des dés, depuis tout à l'heure, mais sans être précise. On balance du D12 dont on peut lire le résultat pour l'action entreprise selon la grille suivante : 

 

1-5t'es dans le couscous cosmique
6-9réussite -bof-so-lala
10-12petit criquet veinard

 

 

Si tu fais des 1, t'es grave dans la merde, tandis que les 12, ça plaît au dieu Azatoth. Y'a des chiffres comme ça. A certaines occasions, d'autres dés sont lancés. Pour l'anecdote, j'ai eu  l'occasion d'obtenir un 100, du coup, Batro a dû déchiré son jeu, c'est une règle. J'entends déjà les joueurs qui supportent pas qu'on surligne ou écrive sur les bouquins pleurer au loin, j'imagine  tellement la tronche qu'ils doivent tirer en lisant qu'il faut déchirer le bouquin ET le bouffer. Oui, oui. Tu dois bouffer ton bouquin et répandre à ton tour le merdier cosmique dans tes chiottes. Incroyable mise en abyme. Il est comme ça, Batro, il va jusqu'au bout. 

 

Bon, c'est tout pour moi, j'avais envie d'écrire vite fait sur ce jeu qui a été pour moi une expérience assez psyché-ludique. C'est du jeu à one-shot, honnêtement. Les persos sont pas faits pour survivre ni pour suivre une intrigue construite, bien qu'on puisse retrouver certaines réminiscences des précédents PJ morts au sein des nouveaux. Mantoïd, c'est surtout une grosse défonce ludique jouissive et crado

 

 

Allez, à plus, mes lapinous, j'ai des trucs très mystérieux à faire. 

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