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La météo prévoit une énorme pluie de caca, suite à cet article.

 

Un jour, une grande philosophe a dit : "Minna unchi suru". Sauf qu'en ce moment, je lis pas mal de unchi, partout, partout. Alors, j'ai décidé d'écrire un petit (dégo)billet pour vous faire part d'une réflexion personnelle genre profonde façon Mines de la Moria sans pour autant sombrer, je l'espère, dans l'(o)nanisme intellectuel. C'est pas un putain d'article sponsorisé par Okay. 

 

Des mots compte-triple au scrabble, mamène. 

 

Mais quel sujet va-t-on aborder aujourd'hui ? Identités et  jeux de rôles.

 

Le jeu de rôles est politique, mozafuka.

 

Parce que oui, bordel burlesque, le jeu de rôles est politique, il touche par essence à la société, il en est écrin au même titre que l'est le cinéma.

D'abord en tant que support. Le livre de jeu de rôles est un produit à la fois commercial et culturel. Les illustrations et propositions de rôles réalisées nous influencent dans nos représentations des corps et des identités ethniques, sexuelles et sociales. Elles sont supposées être des arguments de vente, attirer l'oeil de l'acheteur potentiel, lui permettre de s'identifier et de se projeter dans le champ des possibles fictionnels.

Est-ce que tu penses des fois au malaise que ça peut susciter chez une nana quand elle ouvre un bouquin et que, bien que représentant la moitié de l'Humanité, les rares illustrations de son genre sont hypersexualisées ? Est-ce que tu penses au malaise que ça peut susciter chez des gens pas-blancs de ne trouver quasiment nulle part des illustrations correspondant à leur couleur ? Ca, c'est pour ce qui est visible, mais quid du malaise quand on ne te propose un rapport à la sexualité que purement hétérosexuel ? 

 

 

Dans la pratique. A défaut de toile blanche sur laquelle se projettent les images filmées, ce sont des images mentales que nous projetons, nourries de notre imaginaire dans le but de générer une fiction. Le jeu de rôles est donc vecteur d'images qui ne sont pas innocentes car elles font appel à nos représentations personnelles afin de créer un territoire de l'imaginaire qui s'avère être pensé pour des personnes blanches, hétérosexuelles et souvent de genre masculin. Et sur ces territoires de l'imaginaire, on a pas tous les mêmes droits. Y'a plus de fractures sur ces territoires que sur les macchabées semés par Keanu Reeves dans John Wick.

 

 

En cultural studies, on parle de blanchité (traduction du terme whiteness), c'est à dire l'hégémonie blanche dans ses aspects culturels, politiques et sociaux  . Aux Etats-Unis, on étudie ce phénomène depuis les années 80, quelques années après qu'on se penche sur les gender studies. Femmes à poil, peaux blanches, stéréotypes culturels. L'asiatique est doué en informatique, la femme porte des mini-shorts, le latino est un voyou appartenant à un gang. On nous présente des sociétés plus blanches que blanches, des couvertures sur laquelle on s'exerce à la synecdoque avec un high level avec une désignation de la femme par le combo boobs-boule.

Il est temps de porter un regard critique sur nos jeux qui ont pour base l'incarnation, le prêt de notre chair à des personnages fictifs nourris de notre imaginaire collectif. Le jeu possède des enjeux : le "je" n'est pas imperméable au contenu fictionnel élaboré en cours de partie et aux représentations qui en découlent, elles-même influencées par une culture qui souffre également de sous-représentation, de sexisme, d'homophobie et de racisme.

Le rôliste est à la fois poreux et peureux ; il se laisser influencer par cette culture et participe à sa propagation tandis qu'elle dégouline sur ses mots et ses projections mentales ;  il est peureux aussi car bien souvent, il se refuse à bousculer cette culture établie comme normale et légitime alors qu'elle est autant en adéquation avec la réalité sociale, politique et sexuelle que Christine Boutin sur un tournage de Brazzers. 

 

Moi, quand je vois tout ça, tu sais à quoi je pense ? Je pense à ce bouquin de Ralph Ellison, Homme invisible, pour qui chantes-tu ? qui évoque la pure invisibilité de l'homme noir dans la société américaine. J'ai une sensation d'hypervisibilité d'une norme masculine établie comme horizon universel effaçant minorités ethnoraciales, LGBTQIA+ et femmes dans les ouvrages. On tombe soit dans la sous-représentation, la cliché ou l'objectification.

Les territoires imaginaires sont créés à l'image d'hommes principalement blancs et hétéros qui sans s'en rendre compte définissent des standards humains. Ils s'offrent un contexte dans lequel ils évoluent sans souci mais qui excluent ceux qui n'épousent pas leur similitudes.

Alors dans ce contexte, comprends que ça fasse chier les concerné.e.s façon Dulcolax et comprends aussi l'impact que ça a dans la diffusion des clichés ou l'effacement, la mise en mode mute de tous ces individus. Malaise, malaise. 

Moi, l'autre fois, je me suis retrouvée à une partie de jeu de rôles, j'ai ressenti un malaise de fou devant une joueuse qui incarnait un homme noir et qu'elle lui prêtait un accent digne des plus sketchs les plus fabuleux de cette fausse sceptique verbale qu'est Michel Leeb. Je lui ai dit : "Putain. C'est quoi, cet accent ? ". Elle m'a dit : "Ben, je fais l'accent africain".

 

"L'accent africain", on est d'accord que ça existe pas, hein.

#letempsbénidescolonies

 

Bon, ça, c'était pour l'anecdote perso, 3615 mylife. Et pour tout t'avouer, je suis pas la meuf la plus safe du monde (genre vraiment pas), mes blagues sont souvent douteuses, je suis loin d'être irréprochable mais c'est un effort qui doit être fait de manière collective et la première étape pour améliorer les choses, c'est de prendre conscience de tout ça. 

Jérôme Barthas a très récemment publié un super article évoquant sa prise de conscience par rapport à la répartition des rôles hommes/femmes dans les scénarii de jeu de rôles et les univers qu'il produit. Il s'est aperçu que la majorité des rôles importants étaient de genre masculin ! Il a donc décidé de remédier à ça dans ses écrits par le tirage au hasard du genre. Ca permet de tordre le coup aux clichés puisqu'il écrit d'abord les backgrounds, ambitions et relations du personnage avant de déterminer son genre. Je pense que ça serait cool si on pouvait déterminer d'autres choses de la même manière : couleur de peau, orientation sexuelle. C'est une initiative tout à fait louable que je ne peux que saluer, donc big up à toi, Jérôme. C'est génial de pouvoir voir des jeux présentant une grande diversité tel que Krystal

 

 

L'outil de l'aléatoire permet de prendre conscience de nos habitudes normatives mais on peut également aller vers une écriture qui tend volontairement vers la diversité : introduire sciemment plus de personnages variés en terme de genre, d'ethnies et de sexualités afin de briser des codes qui, bien loin de donner lieu à de l'évasion, enferment dans un carcan ceux qu'on refuse de voir, les invisibles. Mais t'inquiètes, on a maxé en serrurerie, on saura sortir de cette taule bien plus vite que les frères Scofield. 

 

Voilà, c'est tout pour moi, aujourd'hui, c'était un petit billet qui me trottait dans la tête depuis un moment, telle Froufrou dans les Aristochats. Si tu te sens mal à la fin de cet article, je te suggère d'aller boire un petit smoothie à base de mes ragnagnas, histoire de te détendre.

 

See ya, les lapinous !

 

 

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